
Le conflit au Soudan est la pire crise humanitaire du monde. Plus de 150 000 personnes sont mortes, des millions ont fui leur foyer et sont affamés, et les perspectives d’un cessez-le-feu sont sombres. La crise actuelle est ancrée dans une histoire complexe de violences civiles et de tensions ethniques. En 2019, de grandes manifestations contre la dictature de 30 ans d’Omar al-Bachir ont conduit à son renversement par une coalition des forces armées soudanaises (SAF) et des forces de soutien rapide (RSF). Au début, il y avait une transition fragile entre les civils et les militaires, mais elle a chuté en octobre 2021 lorsque les SAF et RSF ont lancé un coup d’État, renversant le gouvernement civil. Des combats ouverts entre les SAF et RSF ont commencé en avril 2023, entraînant une guerre à grande échelle qui a entraîné une sévère insécurité alimentaire aiguë pour plus de 21 millions de personnes, avec deux régions connaissant la famine et la moitié du pays ayant besoin d’une assistance humanitaire. Environ 12 millions de personnes ont été déplacées, ce qui en fait la plus grande crise de déplacement du monde.
Le conflit est multifacette, impliquant à la fois des dimensions raciales et ethniques ainsi que des luttes de pouvoir entre des figures clés. Abdel Fattah al-Burhan dirige les SAF, tandis que Mohamed Dagalo Hamdan, connu sous le nom de Hemedti, dirige les RSF. Le conflit implique également une division entre les Arabes de la rive, qui font partie de l’élite vivant le long du Nil, et les Arabes non-rivulaires, qui sont souvent marginalisés. La guerre a conduit à une division de facto du pays, avec les SAF contrôlant l’est et le nord, y compris Khartoum, et les RSF contrôlant l’ouest et le sud.
Le Soudan du Sud, qui a gagné son indépendance il y a presque 15 ans, a ses propres conflits internes mais n’est pas directement impliqué dans la guerre soudanaise actuelle. Cependant, il y a un certain débordement, avec les RSF qui introduisent des armes au Soudan du Sud.
Plusieurs pays du Moyen-Orient sont impliqués dans le conflit, avec les Émirats arabes unis (EAU) étant le principal soutien des RSF. Les SAF reçoivent un soutien de l’Égypte, du Qatar, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et de l’Iran. Les SAF, malgré leurs atrocités, maintiennent le siège aux Nations unies et sont reconnues comme le gouvernement. Les deux côtés ont commis des crimes de guerre, et l’implication d’acteurs externes a compliqué les efforts pour résoudre le conflit.
Les États-Unis ont tenté de faire pression sur les deux parties par l’intermédiaire d’une initiative « à l’extérieur vers l’intérieur », impliquant l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Cette initiative vise à créer une position commune entre ces pays pour pousser à un cessez-le-feu et des négociations politiques. Cependant, l’initiative n’a pas réussi à arrêter la guerre, comme en témoignent la chute d’El-Fasher et les atrocités qui ont suivi.
La voie politique à suivre est difficile. Le peuple soudanais est généralement d’accord pour que ni les RSF ni les SAF n’aient un avenir politique dans les institutions gouvernementales. Cependant, traduire ce sentiment en une solution politique viable est compliqué. Les Salles d’Urgence, un réseau de base fournissant des services essentiels, ont une forte crédibilité mais sont décentralisés, ce qui rend difficile la traduction de leur crédibilité en pouvoir politique.
Une solution réaliste pourrait impliquer une force internationale pour appliquer un accord de paix, similaire aux propositions pour Gaza. Cela nécessiterait la construction d’institutions sur le long terme et potentiellement la transformation du Soudan en un type de tutelle. La situation actuelle au Soudan est désespérée, le pays se dirigeant vers un état similaire à celui de la Somalie ou de la Libye, mais avec le potentiel pour une division plus stable. Les efforts de maintien de la paix de l’ONU dans le Darfour, bien que mélangés dans leurs résultats, ont réussi à arrêter le massacre, ce qui suggère que une présence internationale robuste pourrait être efficace.
