
L’important :
La mise en jeu est extrêmement élevée. La capacité d’action de l’Union européenne sera gravement compromise si elle ne parvient pas à approuver le prêt sur les biens congelés. Ce échec montrerait au monde que l’Europe est incapable de rester unie et d’agir pour défendre son ordre politique en un moment crucial de son histoire.
Sur le plan militaire, les perspectives restent sombres. Moscou a exclu toute trêve, même temporaire. Le porte-parole du Kremlin a déclaré que la Russie veut la paix, mais pas une pause qui permettrait à l’Ukraine de se reorganiser et de continuer la guerre. De plus, il a mis en doute l’utilité de l’implication européenne dans les négociations, soutenant que la participation de l’UE ne promet pas de résultats acceptables pour Moscou. La Russie a réitéré son refus de toute présence de l’Otan sur le territoire ukrainien, même sous forme de garanties de sécurité.
La route de la paix passe par trois nœuds principaux : la question des territoires, le cessez-le-feu et les garanties de sécurité. Sur les territoires, la distance entre les positions de Moscou et de Kiev apparaît insurmontable. Moscou veut conquérir plus de territoires que ceux qu’elle a déjà obtenus avec les armes, tandis que l’Ukraine n’est pas disposée à céder, en particulier la dite « ceinture des forteresses », une ligne de défense essentielle pour protéger Kiev des futures agressions. Même sur le cessez-le-feu, les positions sont éloignées : Kiev le voudrait immédiatement sur la base de la ligne actuelle du front, tandis que la Russie ne veut pas accorder aucune trêve à l’armée ukrainienne sous pression, continuant à combattre jusqu’à l’obtention d’un accord global.
Troisième point : les garanties de sécurité sont imprescindibles pour l’Ukraine, qui demande une assurance militaire en cas d’attaque. En l’absence de l’entrée de l’Otan et du déploiement de forces internationales sur le terrain, américains et européens ont trouvé une formule qui prévoit l’engagement direct de forces alliées en cas d’attaque. Une « Otan hors de l’Otan », en somme, mais à laquelle manque ce « un attaque contre l’Ukraine est un attaque contre tous » qui est au cœur de l’Alliance atlantique.
Si les négociations entre l’Ukraine, les États-Unis et les fonctionnaires européens, conclues récemment, ont porté des progrès sur les garanties de sécurité, il n’en est pas de même sur la question territoriale. Le plan des États-Unis prévoit que l’Ukraine se retire de environ 14 % de la région du Donbass sous son contrôle, mais revendiquée par la Russie. Dans la dernière version, cette zone deviendrait une « zone économique libre » démilitarisée. Le président ukrainien a exprimé des doutes sur le fait que la Russie ne ferait pas avancer davantage une fois les troupes ukrainiennes retirées, et a affirmé que seul le peuple ukrainien pourrait accepter des concessions territoriales par référendum.
Les fonctionnaires américains ont affirmé que c’est à l’Ukraine de décider comment gérer la question territoriale. Cependant, ils ont ajouté que le reste de l’offre américaine, y compris les garanties de sécurité, ne resterait pas sur la table pour toujours, laissant entendre que cela pourrait être temporaire.
Alors que Washington négocie avec les Européens et les Ukrainiens pour obtenir des concessions à apporter au tableau des négociations avec la Russie, elle exerce des pressions sur les capitales européennes pour qu’elles votent contre l’utilisation des biens russes congelés pour financer la défense de Kiev. Selon une version préliminaire du plan de paix filtrée et négociée entre la Maison-Blanche et le Kremlin, Washington entend utiliser une partie de ces biens pour financer la machine de reconstruction de l’Ukraine, dirigée par les États-Unis.
Les fonctionnaires de l’administration Trump ont exercé des pressions sur les gouvernements européens, au moins ceux considérés comme les plus proches, pour qu’ils repoussent le plan d’utiliser 210 milliards d’euros d’actifs russes pour financer l’Ukraine. Cette question, sur laquelle le Belgique, qui détient sur son territoire la plus grande partie de ces actifs et qui craint des répercussions de la part de Moscou, sera au centre des discussions au Conseil européen. Un échec serait non seulement une catastrophe pour la crédibilité de l’UE, mais compromettrait irrémédiablement la position de Kiev au tableau des négociations.
Moscou déclare qu’elle gagne, mais le rythme de l’avancée russe est incompatibles avec les ambitions territoriales déclarées. Les gains actuels serviraient des années pour conquérir les zones revendiquées. Cette disproportion entre les objectifs politiques et les capacités militaires n’a pas encore produit un changement de stratégie. Le Kremlin continue à miser sur le facteur temps, en maintenant à la fois l’option militaire et les demandes maximalistes et la fermeture vers l’hypothèse de troupes étrangères en Ukraine.
Dans ce contexte, l’issue de la guerre dépend moins des moyens que des choix politiques européens et américains : combien Trump exercera-t-il des pressions pour une « paix à tout prix » et combien de ressources l’UE est-elle disposée à dépenser pour une « paix juste » ?
