
L’annulation de l’émission de la fin de soirée du comique Jimmy Kimmel par ABC ne soulage pas les préoccupations liées à la liberté d’expression déclenchées par sa suspension. Les dernières actions de la Commission fédérale des communications (FCC) sous la présidence de son président signalent un changement plus large dans la réglementation des médias. Le président a promis que la FCC n’est pas terminée avec ses changements réglementaires, ce qui annonce une « révolution massive dans l’écosystème des médias ». Ce changement s’aligne sur ce qu’il décrit comme la « structure de permission » fournie par l’élection du président actuel. La FCC, sous cette administration, est pleinement alignée sur l’agenda du président, y compris la volonté de punir les sociétés de médias si elles sont perçues comme « hors ligne ».
L’approche de la FCC soulève des préoccupations importantes concernant la Première Amendement, qui interdit au gouvernement de restreindre la liberté d’expression ou de la presse. La loi autorisant la FCC stipule explicitement que rien de son charte ne doit être interprété comme donnant à la Commission le pouvoir de censure. Cependant, l’équipe Trump-Carr a conçu un contournement en utilisant le pouvoir politique pour exploiter les incitations économiques. Les diffuseurs de télévision opèrent en utilisant des licences accordées par la FCC pour accéder aux ondes hertziennes du public. L’intention coercitive du président était évidente dès le début de son mandat lorsqu’il a déclaré que les licences de diffusion ne sont pas sacrées et que les sociétés de médias sont tenues par la loi de fonctionner dans le intérêt public. Si elles ne le font pas, elles seront tenues responsables.
Le manque de définition précise de « intérêt public » donne à la FCC un large pouvoir discrétionnaire, décidé finalement par le président. Ce pouvoir discrétionnaire permet à la FCC de tenir les diffuseurs responsables de leurs décisions éditoriales, ce qui équivaut à armer le pouvoir réglementaire. Lorsque le président a commenté sur la situation Kimmel, il a suggéré que les sociétés de médias pouvaient soit changer leur comportement soit faire face à des actions supplémentaires de la FCC. Cette approche a été comparée à la menace d’un patron de la pègre, mais elle n’a pas découragé le président de menacer d’utiliser le pouvoir de la FCC pour révoquer les licences de diffusion. Le président a répété à plusieurs reprises que les réseaux de télévision hostiles à lui devraient avoir leurs licences de diffusion retirées.
Ces actions sont un présage de choses à venir. Presque depuis un siècle, la FCC a suivi sa mandat statutaire pour s’assurer que les ondes hertziennes du public transmettent plusieurs idées et opinions de diverses propriétaires. Cependant, l’administration actuelle menace d’utiliser le pouvoir de la FCC non pour protéger cette pluralité de points de vue mais pour les supprimer. En plus des intrusions de haut niveau dans les affaires de contenu, il y a un effort moins visible pour permettre aux diffuseurs de grande envergure d’acquérir plus de stations, augmentant ainsi leur pouvoir sur ce que les Américains voient.
Pour promouvoir la diversité des voix et des opinions, le Congrès a dirigé la FCC pour limiter le nombre de foyers que les diffuseurs de chaîne peuvent atteindre à 39 % des ménages totaux. Le président a exprimé le désir d’augmenter ce plafond, bien que les opinions universitaires affirment qu’il ne peut pas changer ce que le Congrès a dirigé. Cette action réglementaire s’aligne sur les intérêts économiques des diffuseurs de grande envergure. Par exemple, la plus grande chaîne de diffuseurs de télévision du pays, qui semble amicale avec l’administration actuelle, compte sur le président pour changer la règle de propriété. Elle a accepté d’acheter une chaîne plus petite pour 6,2 milliards de dollars, une combinaison qui la placerait dans 80 % des foyers américains et dépasserait largement les règles de la FCC. Cette concentration s’aligne sur la prévision d’une « révolution massive dans l’écosystème des médias ».
Lorsque la propriété des moyens d’expression est concentrée dans quelques sociétés, il est plus facile aux gouvernements de mettre la pression sur ces sociétés. La stratégie actuelle semble remodeler le paysage des médias dans cette direction. En 2023, le commissaire Carr a posté sur les réseaux sociaux que « la censure est le rêve de l’autoritarisme ». Beaucoup ont initialement lu cela comme une défense de la liberté d’expression. Cependant, à la lumière des actions récentes, il semble plus comme un plan : utiliser la censure et le pouvoir de la FCC pour étendre le contrôle autoritaire. Cette approche ne menace pas seulement la liberté d’expression mais aussi remet en question les principes démocratiques qui ont longtemps guidé la réglementation des médias aux États-Unis.
