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La force par la dissuasion : pourquoi l’Europe a besoin de missiles

L'Europe a besoin d'un dissuasif de missiles face à la menace croissante de la Russie, qui a démontré ses capacités militaires en 2025 avec des attaques contre l'Ukraine. La défense aérienne européenne est insuffisante pour intercepter de grandes vagues
Les systèmes de défense aérienne européens ont du mal à intercepter les drones en approche.

LE TRÈS IMPORTANT : Seules les drones provenant d’une attaque russe contre l’Ukraine ont franchi l’espace aérien polonais la nuit du 9 septembre 2025. Certains ont été interceptés, tandis que d’autres se sont écrasés après avoir épuisé leur carburant. Le 19 septembre, trois avions de chasse MiG-31K en transit entre la Carélie et Kaliningrad ont intrigué dans l’espace aérien estonien. Ces avions, capables de transporter des missiles hypersoniques Kinzhal, ont été fréquemment déployés dans un rôle de porteur de missiles contre l’Ukraine. Le transfert des MiG-31K démontre l’intention de Moscou de stationner ces avions près de cibles vitales en Europe. Lors des exercices Zapad 2025 en Biélorussie, la Russie a testé les versions terrestres et maritimes d’un autre missile hypersonique, le Zircon, capable de atteindre la Belgique à partir de Kaliningrad. La Russie a également annoncé des plans pour construire une installation en Biélorussie pour le missile balistique intermédiaire Oreshnik, qui peut atteindre n’importe où en Europe. Cela met en évidence la réalité des capacités militaires de la Russie en 2025. La Russie continue à produire de vastes quantités de munitions de précision, malgré des années de sanctions. Sa production a amélioré à la fois quantitativement et qualitativement, avec un nombre croissant de drones et de missiles de plus en plus précis, notamment le Kinzhal et le Zircon.

Les capacités de défense aérienne d’Europe sont trop limitées pour intercepter de grandes vagues d’attaques de missiles. Les pays européens mettent donc l’accent sur les systèmes de défense aérienne et de missiles intégrés, par exemple à travers l’initiative européenne de bouclier aérien et la stratégie de la Réarmement de l’Europe de l’Union européenne. Ces efforts sont critiques pour la sécurité et la dissuasion européennes, mais ils sont insuffisants dans plusieurs aspects.

Tout d’abord, la défense aérienne est réactive et peut être submergée par un grand nombre de missiles et de drones. La réalité de la guerre aérienne moderne est que la précision est accessible à presque tout le monde, y compris les acteurs non étatiques. Le calcul brut des intercepteurs disponibles par rapport aux missiles lancés détermine le résultat lorsqu’on oppose deux côtés techniquement égaux. Il est encore possible d’obtenir un avantage technologique. Cependant, l’Europe ne doit pas compter sur cela dans tout conflit avec la Russie. La Russie dispose en effet de capacités de défense aérienne et de missiles intégrés avancées et d’une force aérienne moderne, nombreuse et éprouvée. L’Europe investit à juste titre plus dans la défense aérienne, mais les nombres sont bien inférieurs à la production massive de drones et de missiles de la Russie. Lorsque la guerre en Ukraine prendra fin, Moscou pourra accumuler des stockages au-delà de la capacité d’interception de la défense aérienne européenne.

Deuxièmement, les missiles et les drones entrants sont bien moins chers que la défense aérienne. Mais encore plus important, la fourniture de missiles défensifs est contrainte. Dans les conflits récents, une partie significative de la réserve de missiles THAAD anti-balistiques des États-Unis a été utilisée. Il faudra des années pour les remplacer. Un système de défense de missiles européen destiné à protéger les infrastructures critiques pourrait coûter 300 milliards d’euros. En fin de compte, la dissuasion par la défense aérienne peut ne pas fonctionner compte tenu des capacités de production de missiles de la Russie.

Troisièmement, l’Europe ne peut pas compter sur la production de missiles des États-Unis. La base industrielle militaire américaine est trop limitée, surtout dans la mesure où les États-Unis s’engagent de plus en plus à dissuader la Chine, qui déploie des capacités de pointe qui correspondent à celles des États-Unis. Le Pentagone redirige la production de défense aérienne américaine vers les États-Unis plutôt que vers les alliés.

L’Europe doit donc regarder au-delà de la dissuasion par la défense, vers la dissuasion par la force. Les stocks de missiles capables de atteindre profondément en Russie doivent être augmentés, signalant un coût écrasant pour la Russie en cas d’attaque sur le territoire de l’UE. Les gouvernements européens doivent commander plus, et devenir des clients à long terme plus fiables, auprès des producteurs de missiles européens. De plus, pour combler les lacunes technologiques militaires par rapport aux États-Unis, la commande de défense de l’UE devrait accepter les risques d’investir dans des start-ups, de payer pour des prototypes intermédiaires et de garantir des commandes futures pour de nouveaux systèmes d’armes testés avec succès. Cela permettrait un progrès accéléré dans le développement et une production échelonnée. La production européenne devrait également inclure des missiles hypersoniques, sur lesquels les États-Unis sont en retard. Seule une approche de ce type modifiera le calcul coût-bénéfice de Moscou et renforcera de manière satisfaisante la dissuasion européenne.

Les pays européens devraient apprendre de la campagne ukrainienne pour dégrader les capacités russes grâce à des frappes de drones à longue portée. Cependant, les capacités de drone doivent être complétées par des missiles de longue portée avancés. Les missiles de croisière et hypersoniques modernes sont plus difficiles à intercepter et offrent donc une dissuasion plus efficace.

Avantages des missiles de croisière et hypersoniques

De plus, les missiles sont bien plus susceptibles que les drones de réussir à détruire des cibles vitales pour la machine militaire russe, notamment les centres de commandement, les ponts et les installations souterraines de pétrole, de gaz et de munitions. Avoir la capacité de cibler ces installations serait un fort dissuasif contre l’agression russe.

Impact des frappes de drones sur les revenus de l’État russe

En revanche, la capacité de maintenir une campagne de drones soutenue contre des cibles douces telles que les raffineries impacte les revenus de l’État russe à long terme et réduit la disponibilité de carburant pour les civils, mais elle manque d’impact dissuasif immédiat de frappes ciblées qui pourraient considérablement dégrader la machine militaire russe.

Infographiques comparant les défenses européennes aux taux de production de missiles russes.